18
mai

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Deux visions d’une capitale pour le Japon

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16
mai

De la guerrilla urbaine aux espaces de travail collaboratifs : vers une reconquête des espaces publics par les citoyens?

JEUDI 24 MAI à partir de 18h00

Le CENTQUATRE / 5 rue Curial – M° Riquet  L7

Ces dernières années nous avons vu émerger de nouvelles façons d’occuper le territoire urbain : Parking days, guerilla gardening, mouvements occupy,  Fab labs, mobilier urbain connectés… Ces nouvelles pratiques témoignent d’une volonté des usagers/citoyens de participer de la conception des espaces publics, afin de vivre et travailler mieux, de prendre la parole et d’exercer sa citoyenneté.

Comment permettre au citoyen-utilisateur de s’approprier l’espace public ? Comment provoquer un dialogue actif entre les citoyens, les élus et les professionnels de la ville ? Comment, finalement, rendre cet espace public plus évolutif, plus modulable, plus interactif ?

Depuis quelques semaines, le projet Espèce(s) d’Espace(s) Public(s) a ouvert une réflexion autour de ces sujets. Dans le but d’élargir encore cette discussion, nous vous invitons le jeudi 24 mai à partir de 18h00 à participer à une soirée de débats sous la grande nef du CENTQUATRE. A l’occasion, vous pourrez assister à une émission radio depuis le MOBILOT en direct avec trois tables rondes de débat, le sujet central étant toujours l’espace public.

Tout au long de la soirée vous pourrez suivre les débats, allongés sur des transats et participer des discussions. Il s’agit d’un espace public, n‘hésitez pas à inviter vos amis, la grande nef est large et l’accueil chaleureux.

INFOS ET INSCRIPTIONS OBLIGATOIRES ICI

Un évènement co-organisé par : CENTQUATRE, COMCECI, Dédale, Silicon Maniacs et Silicon Sentier

28
avr

Conversation au soleil de l’atelier Montreuillois d’UFO. Rencontre avec Alain Renk, Maud Beau et Cédric Dorgère, membres de la start-up d’urbanisme collaboratif UFO, créateurs de l’application « Villes sans Limite ».

Jorge Lopez : est-ce que tu peux présenter « Villes sans Limite » ?

Maud Beau : « Villes sans Limite » est une application qui permet aux citoyens de « mixer » la ville à travers différentes thématiques telles que la mobilité, la nature, la densité, la vie de quartier, la créativité et le digital. «Villes sans limite» est disponible sur smartphones et tablettes connectées pour permettre à l’utilisateur d’être « in situ » et de comparer l’image sur son écran à la réalité concrète d’un lieu. On ne lui demande pas de donner son avis sur un projet, mais de créer sa propre image urbaine à partir de ses sensations, de son imaginaire, de ses envies. L’utilisateur va aussi pouvoir comparer ses choix à ceux des autres utilisateurs de l’application. Il n’est alors plus seulement dans une expérience individuelle, mais peut s’interroger et comparer ses besoins personnels à des autres. «Villes sans limite» donne finalement la possibilité aux citoyens de manipuler, de comprendre et de s’exprimer sur des grandes thématiques urbaines et permet à partir de cette expérience commune de créer une grande conversation sur la ville, où chacun partage ses expériences et ses connaissances.

Alain Renk : Avec « Villes sans Limite », vous êtes en situation réelle, dans le son de la ville, dans la foule ou dans un lieu désert avec à la main un outil facile à utiliser qui vous permet de produire des images du même niveau que les experts. Si on propose ce type d’interface, c’est parce que nous considérons les différentes personnes comme des véritables experts de la qualité de vie urbaine, et évidemment, plus la diversité des personnes est importante, plus le spectre d’analyse est large. Notre métier, là où il parait vraiment fabuleux, ce n’est pas tant dans l’exploration de nouvelles formes, mais plutôt dans la compréhension des nouveaux usages qui vont se faire dans la ville et comment nous pouvons essayer de donner aux sociétés humaines les moyens de se réaliser pleinement.

Jorge Lopez : Le projet « Villes sans Limite » essaye de réorganiser l’ensemble de l’espace public et privé, mais en partant d’une base qui est que la ville est d’abord publique. Comment « Villes sans Limite » voit donc cet espace public ? Quelles sont ses qualités ? Qu’est-ce qui le rend différent d’un espace vide ?

Cédric Dorgère : Un des objectifs est de montrer que l’espace public est modulable et qu’il appartient à tout le monde. Ce n’est pas juste un espace de circulation et il n’est pas obligatoirement comme on nous le donne. Aujourd’hui on nous dit : « voici l’espace public, vous pouvez faire ceci, vous pouvez faire cela ». Je ne pense pas que l’espace public ce soit ça. Ce n’est pas un endroit ou l’on met des frontières et où des personnes dites « sachantes »  nous disent ce qu’on doit ou ne doit pas y faire. Un espace public est un espace qui doit être à tout le monde, dans le respect de tous. Aujourd’hui j’ai l’impression que l’espace public parisien est un ensemble d’espaces rigides mis les uns à côté des autres avec des frontières bien délimitées.

Maud Beau : Il y a deux types d’espaces publics dans « Villes sans Limite ». Il y a un espace physique à partir duquel on propose aux personnes de modeler la ville, puis il y a l’espace des réseaux sociaux et du numérique. Je pense que dans l’un comme dans l’autre ce que l’on propose à l’utilisateur c’est l’opportunité de devenir acteur de la ville. Mais mobiliser les gens en tant qu’acteur de l’espace public physique est ici finalement rendu possible parce qu’on les sollicite en tant qu’acteur dans l’espace public numérique.

Jorge Lopez : Cela veut dire que « Villes sans Limite » permettrait aux gens de s’approprier l’espace public ?

Alain Renk : C’est exactement ça ! Faire prendre conscience aux gens que cette rue devant soi, cette place qu’on connait bien, rien n’oblige à ce qu’elles soient figées ou qu’au contraire elles se modifient hors de la portée du citoyen. L’espace public est fondamentalement plastique, comme une sculpture. Et en tant que citoyen tu as la capacité de mettre ta marque, ton empreinte. La vraie appropriation commence pour nous au moment où, mentalement, tu te demandes si on ne pourrait pas changer ceci ou cela et que tu commences à échafauder des solutions même si ce n’est pas ton métier. Mais aujourd’hui cet exercice semble réservé à une profession, la mienne, qui n’est pas libre, car elle n’est pas consultée sur les problèmes fondamentaux, elle doit répondre à des questions qui segmentent au lieu de relier. Or justement, cela peut être plus intéressant pour tout le monde, designers et non-designers si la «matière urbaine» commence à s’animer avec des milliers de possibilités complémentaires et contradictoires. Il y a là toutes les conditions pour créer de l’identité, de la différence, du mouvement, bref de la vie.  Il me semble que ce n’est pas en pensant à la place des gens qu’on peut réussir l’espace public. Pas dans notre civilisation qui se modifie profondément. Les espaces sont publics quand ce sont les gens qui ont participé à les faire émerger pour qu’ils deviennent «communs», au sens où ils appartiennent à tous. Ce sont donc le résultat d’espaces de négociations. Villes sans limite est un des espaces de négociation possible. C’est exactement sur ce point qu’on va travailler à Rio de Janeiro dans une des plus grandes Favelas. Faire participer les habitants à l’émergence du futur espace public. Seul moyen pour que cet espace survive dans les conditions extrêmes et sans règles de la favela.

Jorge Lopez : Qu’est-ce que vous pensez du risque qu’il existe d’être instrumentalisé ?

Cédric Dorgère : Nos données sont ouvertes, donc il est difficile d’instrumentaliser quelque chose qui est ouvert à tout le monde. Aujourd’hui on s’intéresse aux collectivités territoriales parce que l’interlocuteur principal du territoire à l’heure actuelle ce sont eux, mais en fait, on s’intéresse aussi aux collectifs dans les quartiers. L’idée étant de s’adresser à l’ensemble des citoyens.

Alain Renk : Très concrètement, nous sommes à l’initiative avec d’autres gens au Japon, au Brésil et aux Etats-Unis, d’une charte sur l’urbanisme collaboratif. La charte établit qu’il doit y avoir une transparence totale et immédiate des données. Le citoyen doit pouvoir visualiser non seulement ses propres données, mais aussi celles des autres. Les données sont accessibles en « open data » pour que plusieurs visualisations de ces données existent si des graphistes et / ou des chercheurs veulent bien passer du temps sur le sujet. La liberté d’accès aux données, en même temps que le commanditaire, est fondamentale pour construire la confiance dans l’outil. Sans cette confiance, pas d’appropriation possible, car tu te crois, à tort ou à raison, manipulé.

Jorge Lopez : Aujourd’hui est-ce que l’espace public doit avoir un programme ?

Cédric Dorgère : Ce sont les gens qui doivent donner le programme. Mais pour qu’une ville fonctionne l’espace public doit aussi fonctionner, donc en tant que professionnel je suis dans  l’obligation de leur donner un programme cohérent. La question est, jusqu’à quel point ce programme, cette définition de l’espace public est-il imposé ? Jusqu’à quel point il peut changer dans le temps ? Comment il reste modulable et appropriable par les usagers ?

Maud Beau : L’appropriation et la gestion de l’espace public sont des démarches culturelles. Même si tu as des joueurs de football qui se disputent une pelouse, c’est une rencontre. Je pense qu’il y a des rencontres également dans la confrontation. Il ne s’agit pas nécessairement de produire une ville consensuelle, car il y a le risque qu’elle devienne une ville morte. Plus on délimite de façon claire l’espace public et l’espace privé, plus on leur donne des fonctions précises et figées, plus finalement on brise ce qui constitue l’espace public. On déresponsabilise progressivement les gens de cette négociation de l’espace public. On fait tout à la place des citoyens. On s’occupe de tout, on leur dit où ils doivent se rencontrer et comment. Donc finalement les gens ne créent plus d’eux-mêmes l’espace public.

Jorge Lopez : Parfois, on a l’impression qu’ont a voulu régler tous les problèmes et on ne veut surtout pas en avoir d’autres. En Inde par exemple, les gens négocient leurs espaces publics. C’est un espace qui appartient à tout le monde. En France, l’espace public, n’appartient à personne. Le programme de l’espace public est devenu tellement exhaustif que tout ce qui n’est pas autorisé est tacitement interdit.

Alain Renk : Si, dans l’espace public, tu permets aux gens de s’approprier un petit banc par exemple, ils prendront davantage soin de cet espace. Tu n’as pas besoin que ce soit privatisé pour faire ça, tu as seulement besoin d’avoir le droit de t’approprier le lieu, en le customisant par exemple. C’est pour ça que les initiatives comme le « Môbilot » ou des personnes qui vont planter un jardin, sans autorisation, dans un espace public sans saveur, c’est extrêmement important! Cela veut dire, apprenons à collaborer ensemble on régularisera après, si besoin. Pour réfléchir à des choses nouvelles, faisons des essais, expérimentons. Il y a beaucoup de possibilités, mais le pire est croire qu’on peut penser à la place des autres. Cela ne fonctionne pas, il faut réfléchir autrement, même si cela implique de longues discussions, mais c’est ça qui est intéressant, c’est le processus, et finalement la mise à jour d’espaces de démocratie, aussi bien sociaux que physiques.

Cédric Dorgère : Le problème aujourd’hui c’est qu’on est obligé de refaire comprendre aux gens tout ce qu’ils peuvent faire dans l’espace public. Ce qui avant paraissait normal aujourd’hui on est obligé de le réapprendre. L’espace public, c’est l’espace des possibles. Ce qui est dommage c’est qu’on a créé des cadres rigides pour dessiner et gérer l’espace public qu’aujourd’hui on est obligé d’apprendre aux gens à s’en passer, à aller au-delà de ces barrières!

Jorge Lopez : Il y a eu une volonté forte de séparer les fonctions, d’organiser l’espace alors qu’un lieu riche est un lieu polyfonctionnel où tu peux faire plein de choses.

Alain Renk : Le monde de la conception des villes est probablement en train de s’ouvrir à de nouvelles dimensions. La connexion numérique des hommes et la puissance des ordinateurs ouvrent un Nouveau Monde pour l’intelligence collaborative. L’énorme brouhaha des conversations superposées va se transformer en connaissance… tôt ou tard …  La clé c’est le traitement de l’information avec ce que cela implique en termes de recherche informatique, en sciences sociales et en sciences politiques. Bien entendu, le défi est de réussir à créer une confiance partagée envers les outils d’intelligence collaborative. Depuis une génération, on a identifié l’énorme gaspillage environnemental et l’épuisement des ressources qui démontrent que notre façon de vivre est insoutenable pour la planète et donc pour les êtres vivants.  Mais il y a aussi un gaspillage de la pensée, au moins aussi important, de tout ce que les gens portent en eux avec leurs expériences, leurs envies pour améliorer leurs conditions de vie. Les nouveaux outils de l’urbanisme collaboratif devront collecter et mettre à disposition ces ressources fondamentales pour transformer les territoires urbains et faire exister l’urba-diversité qui respecte la vie sociale comme la bio-diversité respecte la vie de la nature. Ces outils, encore à construire, produiront une nouvelle matière première, une nouvelle ressource cognitive, avec sa capacité à produire des conversations riches et argumentées sur le futur des territoires, c’est une piste sérieuse pour la mutation et les défis des villes plus vivables, plus durables et plus vivantes qu’on veut transmettre à nos enfants. Ce qui tombe vraiment bien, c’est que c’est vraiment agréable et passionnant de plonger dans cette mer d’idées et de quitter l’ancien rivage où les experts décidaient seuls et où le devenir de la ville était confisqué aux habitants.

23
avr

La sous face du réseau de transport public urbain sans cesse grandissant dans la mégapole d’Osaka et ses étranges mégastructures porteuses aux allures d’alphabet structurel anti-sismique.

15
avr

 

Le parc d’Ibirapuera dessiné par Roberto Burle Marx, situé dans la ville de Sao Paulo au Brésil contient plusieurs édifices remarquables de l’architecte Oscar Niemeyer. Un espace public très original y relie plusieurs bâtiments, il s’agit de la Marquise.

Cette structure aux lignes courbes de plusieurs centaines de mètres de long en béton, fait office de lien entre des espaces d’expostions, auditorium, musées… Constituée d’une surface en béton lisse au sol, d’une série de poteaux très fins et d’une gigantesque toiture, elle se transforme chaque jour en un lieu de vie unique que s’approprient les habitants et visiteurs.

Tour à tour lieu de happening, de rendez-vous, de réunions diverses, piste de skate, de roller, de bike, dancefloor, cette immense construction permet de profiter d’un espace de liberté ouvert à tous en continuité avec le parc, qui, à la manière d’un gigantesque préau urbain, protège ses occupants des fortes pluies locales ou du soleil très pesant à certaines heures.

 

13
avr

Dans le cadre de son programme SmartCity, Dédale expérimente un ensemble de projets innovants recouvrant tous les enjeux de la ville numérique : dispositif mobile dédié à la médiation du territoire et du patrimoine, jeu urbain mobile, cartographie sensible et collaborative… 3 exemple à visiter sur le site de Silicon Maniacs

Bon voyage !

13
avr

 

 

Un aperçu de l’édifice actuel le plus haut de la planète :

La Tour Burj Khalifa, emblème de la ville de Dubaï, dont la flèche qui culmine à 828m

se dresse envers et contre tout face aux grains de sable environnants.

برج خليفة

06
avr

Quel rôle le mobilier urbain joue-t-il dans l’appréhension et l’appropriation de l’espace public ? Entretien avec Sabine ROMON, représentante de Paris région LAB, François MOREAU et Patrick TRANNOY, représentants de la Direction du Développement Economique de l’Emploi et de l’Enseignement Supérieur. Les trois ont participé à l’organisation du concours « Mobilier Urbain Intelligent », tenu par la Ville de Paris en 2011. Le Mobîlot fait d’ailleurs partie des 40 projets retenus pour être expérimentés sur l’espace public pendant l’année 2012. Nous avons voulu en savoir plus sur ce concours, les objectifs ciblés, les conséquences dans l’espace public et les perspectives de cette démarche.

AGORA canap

COMCECI : Quel est, à votre avis, le propre de l’espace public ? En quoi est-il différent d’un espace vide ? Quelles sont les conditions nécessaires pour produire un espace public de qualité ?

Patrick TRANNOY : Il y a d’abord une question juridique. Le domaine public municipal ce n’est pas tout l’espace public. Notre intervention – et donc forcément notre conception de l’espace public – est encadrée par la loi. Il y a un domaine qui appartient à la municipalité, qui a des responsabilités particulières : c’est le domaine municipal. Cela dit, quand on a dit ça, on n’a pas tout dit parce que dans le domaine public municipal il y a le mot public. Qu’est-ce qui caractérise le public dans l’espace public ? Est-ce que c’est un lieu d’activités et donc là on peut discuter autour de l’attractivité de l’espace public et de l’encombrement de celui-ci. Quelles activités ? Autour de quels mobiliers ? Et cela pose aussi une question qualitative et non plus seulement juridique.

Sabine ROMON : Paris région LAB ne travaille pas nécessairement sur l’espace public. Notre but est de faire rentrer l’innovation dans la commande publique ; et l’innovation peut se trouver dans l’espace public ;  mais elle peut se trouver aussi dans les maisons de retraite, dans les écoles, dans les hôpitaux, dans le métro… Disons que, pour nous, l’espace public, c’est un territoire d’expérimentation au même titre que d’autres.

Hier, j’ai rencontré des étudiants qui réalisent une étude pour le service de la voirie sur « le piéton et l’encombrement de l’espace public ». Dans ce cadre, ils étudient les flux et les haltes dans l’espace public et ils ont pu constater que lorsqu’ils s’arrêtaient pour observer les comportements des piétons, ils les « dérangeaient ». Dés lors qu’on s’arrête dans la ville, on est considéré comme « suspect ». Les gens se demandent : qu’est-ce que vous faites là, immobiles ?  Pourquoi n’êtes-vous pas en mouvement ? D’ailleurs pourquoi est ce que l’on veut désencombrer l’espace public ? C’est toujours pour faciliter le flux, même si dans nos appels à projets mobiliers urbains on a des choses qui vont à contre-courant de cela. Comme votre terrasse mobile [Mobîlot] où l’on créée un espace qui est fait pour s’arrêter [sur la chaussée] là où normalement on ne s’arrête pas.

Patrick TRANNOY : J’ai l’impression que votre question, c’est aussi : « comment est-ce que l’on crée l’espace public » ? Comment est-ce que l’on rend public un espace et, donc, comment est ce que l’on donne à un espace le mérite d’être un espace public. Cependant notre approche n’est pas du tout allée dans ce sens-là. Notre approche est allée dans le sens inverse. On a constaté l’existence de l’espace public, sa richesse en termes de fréquentation et d’effet vitrine. A partir de là, on s’est demandé : que faire de cette richesse de l’espace public pour nos politiques d’innovation, de développement économique ? Notre action veut mobiliser la richesse des espaces publics à un certain nombre de finalités, plutôt que donner une qualité particulière à un espace public. Du coup, on a une approche un peu symétriquement opposée à celle de votre question.

COMCECI : Quand vous avez vu l’ensemble des projets, qu’est ce que vous avez retenu ? Qu’est-ce qui vous a semblé intéressant pour l’espace public Parisien ?

François MOREAU : Nous sommes dans une démarche de développement économique, on se dit : on a une richesse qui est l’espace public et sa diversité. On va mettre cette richesse à disposition d’entrepreneurs ou de designers, d’architectes, d’étudiants, petites entreprises ou grands groupes, français ou étrangers, pour qu’eux s’en servent en fonction de leurs besoins, et surtout pas de nos besoins à nous. On a retenu quarante projets sur cinquante, c’est–à-dire que l’on n’a pas vraiment choisi. On a pris tout ce qui nous semblait possible d’expérimenter, tous les projets suffisamment aboutis pour que l’expérimentation ait un sens. Egalement des projets dont on pensait vraiment que l’expérimentation allait apporter quelque chose à l’expérimentateur. Notre démarche n’était pas de se dire : comment crée-t-on l’espace public de demain ? Mais comment transforme-t-on notre territoire en un lieu où les expérimentateurs vont eux-mêmes essayer d’inventer l’espace public de demain ?

Patrick TRANNOY : On a une richesse qui est l’espace public. En quoi est-il riche ? Parce qu’il est divers, parce qu’il est très fréquenté, parce qu’il offre une visibilité internationale. Et on met cette richesse au service des entreprises innovantes, de la même manière qu’on met à leur disposition des subventions, des pépinières d’entreprises, et d’autres types de levier pour l’innovation. C’est un des leviers qu’on utilise pour les aider à innover. Donc c’est bien l’espace public utilisé comme ressource de l’innovation et ce n’est pas l’innovation qui serait contrainte par la ville à produire tel ou tel résultat prédéterminé sur son espace public.

COMCECI : Donc le mobilier urbain n’est pas l’objectif mais c’est un moyen…

Patrick TRANNOY : C’est assez logique d’ailleurs. Si on parle d’innovation dans l’espace public c’est quand même le « mobilier urbain intelligent » qui est la porte d’entrée la plus évidente ; mais on peut très bien imaginer qu’il y a de l’innovation sur l’espace public à travers le commerce, ou à travers la manière d’aménager la voirie, à travers les transports en commun. Il y aurait cinquante terrains d’expérimentations possibles pour des innovations dans l’espace public qui soient autres que le mobilier urbain.

François MORREAU : En fait nous avons repéré une tension entre cette mobilité d’une part et le mobilier urbain d’autre part qui est vécu comme un point d’attraction dans l’espace public et qui a vocation d’inciter les gens à s’asseoir et à rester. Donc c’était amusant de voir comment le mobilier urbain répond à ces doubles enjeux.

COMCECI : Justement c’est curieux de constater que le mobilier urbain est la seule chose qui ne bouge pas dans l’espace public ; tout bouge sauf le mobilier urbain.

Sabine ROMON : Ce que je trouve intéressant dans les mobiliers présentés au concours « mobilier urbain intelligent », c’est effectivement qu’il y a une réappropriation de l’immobilité sur l’espace public, on met des bancs, on met des hamacs.

Patrick TRANNOY : On voit la tentative de réconcilier cette dialectique entre mobilité et staticité (sic) sur l’espace public avec des mobiliers comme les abris voyageurs « nouvelle génération » qui sont à la fois des instruments de la mobilité puisque a priori, on attend là un bus qui va nous emmener plus loin, plus vite.  Mais en même temps on peut profiter du temps qu’on passe là à se distraire, à se cultiver sur le quartier dans lequel on est, celui dans lequel on va. Et donc on voit bien que cette dialectique est un peu surfaite aussi, c’est à dire qu’on est tout à la fois et un passant et un occupant statique de l’espace public et on a tous cette aspiration contradictoire.  Se promener dans la ville et regarder, c’est quoi ? Est-ce  être mobile ? Ou est-ce être statique ?

François MORREAU: Il y a eu deux grandes remarques sur les propositions que l’on a eues dans les projets. La première concerne la notion de durabilité, c’est un enjeu crucial pour les projets tant sur la nature des matériaux que sur l’objet lui-même. Que ce soit du mobilier, qui peut lui-même être un lieu pour recycler ou collecter des matériaux à recycler ou un mobilier qui a une durée de vie tellement extraordinaire qu’il en devient un objet rare. Et l’autre grand enseignement, je dirais que c’est la « multifonctionnalité ». L’idée de mettre dans un seul objet tout un tas de services qui normalement seraient répartis sur plusieurs mobiliers, et donc l’idée de désencombrer l’espace public et mettre tout sur le même mobilier.

01
avr

esp public 01

Qu’est ce que l’espace public ?

Comment faire en sorte qu’un espace soit vraiment public, le passage d’individus, est-ce suffisant pour qualifier un espace de public ? Comment partager l’espace urbain, s’en saisir, quels nouveaux usages au sein de cet espace, et quel rôle pour les nouvelles technologies dans ce paysage ?

COMCECI Architectes, Dédale et Silicon Sentier sont trois structures impliquées à travers leurs activités respectives sur les questions dédiées à l’innovation et aux nouveaux usages. Aujourd’hui, elles s’associent pour porter en commun un regard neuf sur l’espace public.

Du mobilier urbain, aux espaces de travail partagés, de la ville verte ou de la ville numérique, trois structures s’associent pour, ensemble tenter de répondre à ces questions. Pendant les prochaines semaines nous vous présenterons à travers une série d’interviews quelques réflexions et idées dont le but est d’ouvrir une discussion, un débat, une conversation.

Les articles seront publiés sur notre blog et sur la page web de Silicon Maniacs. Vous êtes cordialement invités !

30
mar

Yantra Mandir

Situé en plein coeur de la ville de New Delhi, un zoom sur l’observatoire astronomique construit sous le reigne du Mahârâja Jai Singh II, Yantra Mandir qui précéda celui beaucoup plus connu de Jaipur. Le lieu possède nombre d’instruments de mesure très précis de l’espace et tu temps à grande échelle, objets architecturaux aux formes aussi savantes que sculpturales.